Explorer Namur, son patrimoine urbain et mettre son corps en mouvement, danser à ciel ouvert, au coeur de l’espace public : c’est l’expérience ludique et poétique que proposent Anne Golaz et Florence Corin à travers leur balade et leur projet « Si t’y danses ».
Rencontre avec deux danseuses passionnantes qui nous expliquent cet art du mouvement et de l’exploration.
Anne Golaz : On aime parler de « balades guidées performatives » : ce sont des balades guidées qui détournent les codes de la balade touristique. Sur le parcours, il y a des moments de partage avec des citations sur la danse, des anecdotes ou explications sur le patrimoine et des moments où les participantes et participants sont amenés à bouger progressivement et à danser. C’est ce dialogue qui permet au public d’être dans la rencontre avec les autres, avec le collectif, avec les lieux et de percevoir l’espace d’une autre manière.
Florence Corin : En invitant les personnes à se mouvoir dans l’espace public, on essaie de transmettre une conscience du corps au sein de cet espace. L’endroit dans lequel on évolue induit des sensations et émotions, d’où découlent certaines attitudes et manières de bouger. Un lieu dégagé, comme l’Enjambée, où on se sent à l’aise entraîne une attitude corporelle plus ouverte qu’un lieu resserré ou un passage couvert étroit. Cette prise de conscience permet d’habiter autrement l’espace qui nous entoure et de changer notre regard sur lui.
Anne : À Namur s’est tout de suite posée la question de la traversée du centre-ville vers la périphérie (ou vice-versa). La balade devrait partir du Grognon pour rejoindre les anciens Abattoirs de Bomel, en passant par le Théâtre.
Florence : On voudrait que le parcours fasse découvrir des passages ou des détails peu connus, même des Namurois et Namuroises, on ne va donc pas tout dévoiler… (rires) Mais on peut mentionner, par exemple, que certaines étapes seront centrées sur le Street Art pour mettre en évidence les oeuvres qui s’y trouvent.
Anne : Ou la traversée de la rue des Carmes avec son patrimoine Art Déco et des points architecturaux surprenants.
Florence : On y a confronté notre vision de la ville et des espaces pré-repérés au regard et au ressenti des personnes participantes pour voir si nos imaginaires concordaient.
Anne : À travers des explorations urbaines et des jeux de mises en mouvement, on a travaillé la reconstitution du trajet et on a associé des citations sur la danse à certains espaces. On a aussi créé des vidéos qui vont alimenter notre application mobile « Si t’y danses » : c’est un support créatif et informatif pendant la balade guidée qui permet ensuite de la refaire en toute autonomie.
Florence : Le sentiment de liberté, l’énergie du groupe, la joie sont les retours les plus fréquents. Pour certaines personnes, le regard sur la ville a changé : quelqu’un qui danse sur une place ne la traversera plus de la même manière par la suite.
Anne : Danser dans l’espace public est une action qui sort de l’ordinaire, les participantes et participants nous disent y être portés par les sensations et par le groupe, par le plaisir d’être ensemble et de se rencontrer autrement, à travers le mouvement.
Un article de Pascale Palmers / TDN
Publié le 18 mars 2026