Bien loin de la « journée de la femme » souvent instrumentalisée à dessein par des campagnes commerciales pour vendre des aspirateurs et des robots ménagers, la journée du 8 mars est dédiée internationalement aux droits des femmes afin de sensibiliser aux inégalités et aux violences persistantes à leur égard. Une journée née de protestations ouvrières qui manifeste encore aujourd’hui la nécessité de faire front contre l’injustice de genre.
« Nous sommes fortes, nous sommes fières, et féministes et radicales et en colère » peut-on entendre scander à l’unisson par des milliers de voix de femmes lors des rassemblements du 8 mars. Si l’hymne francophone féministe peut aujourd’hui se chanter, c’est parce que d’autres femmes se sont soulevées dès le début du XXe siècle pour demander plus de droits — à commencer par les luttes ouvrières ayant eu lieu en Amérique du Nord et en Europe. C’est la journaliste et militante allemande Clara Zetkin qui, en 1910, proposera pour la première fois d’organiser une Journée internationale des femmes.
La date du 8 mars, elle, sera retenue en référence à la grève générale des femmes à Pétrograd en 1917, et les manifestations dans les rues de Saint-Pétersbourg pour exiger « le pain et la paix ». Si la charte de l’ONU établie en 1945 est le premier instrument à affirmer le principe d’égalité entre les hommes et les femmes — avec dans la foulée l’instauration du suffrage universel en 1948 en Belgique — c’est en 1977 que les Nations Unies officialiseront la Journée internationale des droits des femmes.
L’histoire a montré que de nombreux acquis sociaux se sont obtenus grâce à des luttes collectives. Le fait de se lever pour demander plus de droits ne se cantonne cependant pas au siècle dernier. Dans une ère aujourd’hui marquée par la montée de l’extrême droite qui tente d’ébranler les droits des plus vulnérables — notamment ceux des minorités de genre — il apparaît primordial pour le Collectif 8 mars de Namur de faire front pour une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire, plus inclusive, et de lutter contre un patriarcat structurel. Fondé il y a sept ans, le Collectif a ainsi ressenti le besoin de fédérer pour appeler à la manifestation le 8 mars, mais également à faire grève. Le but ? Marquer l’urgence d’agir maintenant et de manière intersectionnelle en éveillant les consciences, notamment sur l’importance du travail productif et reproductif des femmes – et toute personne qui se reconnaît comme femme — en s’appuyant sur le slogan : « Quand les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête ». Une mobilisation militante devenue indispensable aujourd’hui pour le Collectif, alors que de nouvelles mesures gouvernementales risquent d’accentuer fortement l’invisibilisation et la précarisation des droits des minorités de genre.
Une journée dédiée au rassemblement collectif certes, mais aussi aux témoignages et au partage de revendications communes : pour que les « je » deviennent « nous » dans l’espace public. C’est d’ailleurs ici qu’étincelle toute la force du collectif : que les luttes convergent, qu’elles rayonnent et puissent se chanter, qu’elles soient vécues comme un exutoire, comme une voie de résistance. « L’inverse du désespoir, c’est l’action » souligne d’ailleurs le Collectif 8 mars. Il nous rappelle que c’est en multipliant les énergies que l’on fait corps et que l’on peut y voir naître une véritable joie militante, source d’espoir et d’émancipation.
Cette année, le rassemblement, organisé par le Collectif 8 mars Namur, se déroulera en centre-ville. Il débutera à 14h (devant le nouveau Palais de Justice - Place des Arts) et se terminera par un moment festif au Centre culturel de Namur, avec le concert de Friday Frida, un choeur de neuf femmes chantant a cappella. Un moment de partage et d’écoute conviviale : puisqu’ensemble on a plus de puissance, le choeur des voix qui se lèvent tente d’offrir un terrain fertile à de nouvelles voies.
Un article de Sarah Lohisse
Publié le 16 février 2026