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Résidence, Musique

Quand la musique se fabrique en résidence

Les coulisses de la création

Publié le 2 février 2026


 

À l’occasion de la Semaine de la Musique Belge  - qui met la scène nationale sous le feu des projecteurs à travers une multitude d’initiatives - nous nous sommes penchés sur l’un des maillons essentiels de la création musicale : les résidences.

Les musiciens, musiciennes, chanteurs, chanteuses sont assez unanimes : une des libertés artistiques les plus rares aujourd'hui tient dans l'accès à des lieux de travail logistiquement et humainement optimisés pour y faire mûrir certains de leurs morceaux pré-existants ou se plonger dans l'écriture de nouveaux, que ce soit en vue de les jouer sur scène ou d'en réaliser un album. Des lieux pour créer, où la recherche, les essais et erreurs ont toute leur place. Comme pour chaque discipline artistique, la consistance de la musique ne peut en effet s’établir que dans le creuset des doutes, des expérimentations et des trouvailles de celles et ceux qui la fabriquent.

 

Le groupe Angie Schaeffer en résidence au Centre culturel de Namur

 
Un contexte musical qui a diamétralement changé


Que ce soit dans la manière de la produire, de la promotionner, de la faire circuler, et pour nous auditeurs et auditrices hyper-sollicités, de l'écouter parfois juste en surface ; la musique et l'ensemble de son écosystème sont complètement chamboulés depuis une grosse décennie.

Aspiré dans un modèle intimement lié à l'évolution des pratiques numériques, tant dans la production largement démocratisée que dans la communication phagocytée par les algorithmes, les conséquences sont multiples pour une génération actuelle de musiciens, misciennes, qui n'ont guère le choix que de s'adapter pour exister au milieu d'un torrent de sorties journalières. On parle de plus de cent mille !
Il leur est notamment nécessaire d'assumer plusieurs métiers: de la mise en ligne des nouveaux morceaux, à la promotion de ceux-ci, en passant par la gestion administrative ou encore le démarchage auprès des responsables de programmation... Avec comme conséquence première, un temps de création qui s'en trouve amenuisé et pénalisé.

Voilà qui questionne bien évidemment le job premier des artistes. Sont-ils occupés à devenir des auto-entrepreneurs ? Victimes collatérales d'une surproduction et d'une surconsommation à tout va ? Et qu'en est-il du risque de voir apparaître un lissage, voire une perte de qualité de la production ? Les résidences viennent fort heureusement pondérer ces effets en permettant aux artistes de revenir à leurs essentiels, de rester pleinement engagés dans leur art.

 

Musiques en résidence

À la fois espaces temps plus ou moins longs et espaces physiques plus ou moins grands, les lieux de résidences remplissent en ce sens un rôle déterminant dans le processus de création, offrant aux artistes la possibilité de se retrouver ensemble pour façonner leur musique, confronter leurs intuitions, tester des pistes et nourrir leurs recherches sous le regard critique de l'équipe du lieu d'accueil ou de professionnels invités pour les accompagner à faire grandir leurs morceaux, travailler leur attitude sur scène ou encore leur image.

 

Le groupe Angie Schaeffer en résidence au Centre culturel de Namur

 

Julie Odeurs du groupe Chaton Laveur :  « Pouvoir bosser dans une salle de concert avant de se retrouver devant un public est primordial car s’habituer au son sur scène prend du temps. Il y a un peu plus de deux ans quand je suis montée sur scène pour la première fois, j’étais en panique totale car je ne m’entendais pas du tout !  ».

Jérémy Michel du groupe Angie Schaeffer : « La possibilité de mettre un coup de focus intensif pendant trois semaines sur notre projet, loin de notre quotidien, est quelque chose d'exceptionnel dans notre parcours. Pendant notre résidence, nous avons pu prendre le temps de concrétiser des concepts qui n'étaient encore qu'à l'état d'idées dans nos esprits. Cela nous a ouvert beaucoup de nouvelles voies de création ».

 

Julie Odeurs, du groupe Chaton Laveur dans le clip "La Source" réalisé en résidence par Julien Trousson, au Reflektor

 

On l'entend, il émerge de périodes de résidence, une direction artistique affirmée ou encore un dispositif scénique impossible à mettre en place dans un local de répétition. 

Jérémy Michel : «  L'accès à une salle de spectacle, son système de diffusion et son équipement lumière est un privilège. Cela permet  de développer et surtout de  juger objectivement les aspects techniques, la scénographie et la ligne artistique du projet. Le progrès qui en résulte est indéniable et nous allons continuer à récolter le fruit de ce travail dans le futur. Pour nous il y a un avant et un après ». 

Julie Odeurs : « De notre côté, avec Chaton Laveur, nous mettons les résidences à profit pour répéter, en conditions réelles, des morceaux existants car nous avons la chance de pouvoir bosser nos compos à la maison et d'avoir accès à nos instruments quotidiennement, ce qui n'est pas le cas pour tout le monde ». 
 

L'importance du travail des ingénieurs du son au Centre culturel de Namur

 

Une expérience par ailleurs enrichie avec un traditionnel concert de fin de résidence, sorte de répétition générale en présence d'un public, lors duquel l'occasion se présente aux artistes de rencontrer et de toucher un public plus éloigné de celui des lieux où ils sont habituellement annoncés à l'affiche, attendus par celles et ceux qui ont mis la main au portefeuille pour obtenir un ticket d'entrée. Ce à quoi un concert de sortie de résidence ne prétend pas répondre. Il n'est, en effet, pas question ici de décider de ce qui mérite d'être présenté mais bien de présenter le résultat d'un processus vivant. Pour les amateurs, amatrices, de musique, il s'agit là d'une fenêtre ouverte sur la création en train de se faire. Découvrir les premiers instants de vie de la musique jouée en live est un sentiment unique tant sa force émotionnelle est libérée, sans triche ni filet. La formule semble séduire aussi bien les musiciens, musiciennes, que le public de par l'authenticité du moment vécu. Pas étonnant d'observer un phénomène de multiplication des lieux de résidence, en ville comme à la campagne, des initiatives publiques comme privées.

 

Bien sûr, si les résidences semblent constituer une réponse idyllique à une espèce de fast music ambiante, chacun aura conscience qu'il y a plus de candidats que d'élus et que les moyens sont ce qu'ils sont. Voilà qui nécessiterait un débat plus profond sur l'importance de ces programmes de professionnalisation des artistes et de leurs statuts dans la société. Certaines asbl s'y attellent, comme Court-Circuit, la fédération du secteur des musiques actuelles.

Texte, interview et photos : Jean-François Flamey / CCN
Image de couverture :  Luc Lambert du
 groupe Schiste en résidence au CCN / Centre culturel de Namur

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